24 avril 2008
Il y a quelques jours, je prends le bus avec lison pour l'accompagner à la crèche...
Deux femmes âgées discutent, l'une d'elle parle de son fils aîné de 71 ans... J'en conclue qu'elle doit en avoir au minimum 20 de plus...
A un moment, sa voix se durcit : "Ah, cette vie, ne m'en parlez pas... Une vie de chien, oui... (elle dit cela comme si elle crachait par terre)... Ça serait à refaire, eh bien je n'aimerais pas la refaire... ah non..."
Et là ça m'a fait un grand froid dans le dos, et je me suis pensé [comme disait ma grand mère] que, vraiment, c'est triste d'avoir aussi peu de tendresse pour sa propre vie, aussi dure fût elle...
Je perçois quelques bribes, par ci, par là... "mes beaux parents, vous comprenez, et puis les enfants... quel travail ! [...] ma tante nous a sortis de là en nous donnant ce commerce... sortis, oui, car on gagnait rien... un champs de patates... et puis, pendant une heure, les allemands ont fouillé... vous comprenez, on avait des amis juifs alors on leur a gardé leurs affaires... jamais je n'aurais cru qu'ils les trouveraient...ah ça, on a travaillé..."
Le bus poursuit sa route, nous allons bientôt descendre, lison rit, insouciante des paroles qui coulent dans son dos, de cette bouche tordue qui égrène ses souffrances et des oreilles frémissantes et gourmandes de celle qui l'écoute... Elle s'en délecte, l'autre, de ces malheurs à la p'tite douzaine... "aaahhh ? et votre mari, c'est lui qui a tant souffert ??? aaah... mais dites moi..."
Pendant cinq minutes, 2 femmes se serrent dans leurs confidences, voilà ce que j'ai entendu de cette vie finissante et celle qui l'incarne pour quelques temps encore s'en défait déjà comme d'un bois mort...